«Technologies contemplatives» — Faire fragments -Catherine Lalonde, Le devoir

D’étranges machines à roulettes et hauts cols, métalliques, sont alignées sagement à l’arrière-scène. L’artiste audio et de la robotique Patrick Saint-Denis vient les illuminer et les assombrir en faisant tournoyer au-dessus de sa tête une lampe au bout de son fil. Effet de lanterne magique. Le même mouvement finit par produire un son. Puis un autre, et encore un autre. Bientôt, Sarah Bronsard s’ajoute à cet univers machinal, pour faire bouger plus organiquement ces robots émetteurs de sons — soufflets ? poumons mécaniques ? accordéons ? Ah ! Oui ! Accordéons ! —, tour à tour éléments de décor, partenaires, interprète à part entière.

La première partie d’Èbe, entre humains et machines, est très belle. Étonnante par l’espace que les créateurs laissent respirer — c’est rare chez de jeunes artistes — ; par leur propre effacement, très efficace ; par une belle contemporanéisation du flamenco ; par les surprises que la trame du début déploie, si cohérentes dans l’univers qu’elles semblent une évidence une fois apparues. Comme le bruit percussif et bas (de manière sonore et physique) des tacons qui répondent aux têtes hautes et ahanantes des accordéons. Ou comme lors de l’enchaînement soufflets-respiration-éventail, la pièce propose des associations de sensations et d’idées assez claires pour inviter le spectateur à compléter le propos, assez retenues pour rester mystérieuses. On ne peut s’empêcher de penser au travail conjoint d’Anne Thériault et Martin Messier, et l’esthétique semble soeur de celle de Con Grazia. À partir de la scène de l’éventail, qui manque de plénitude par rapport à ce qu’on a vu avant, la courbe dramatique, jusque-là si habile, s’écrase. Peut-être est-ce parce qu’il est difficile, pour les spectateurs, après avoir tant investi les robots, de les voir redevenir des objets ? Si Èbe n’est pas encore à son plein épanouissement, la pièce dévoile des intelligences artistiques fort prometteuses.